I'll be waiting

<3





Caché dans l'ombre de notre amitié, j'attendrai que tu daigne me regarder...




<3
# Posté le dimanche 01 mars 2009 06:10

Ma première histoire <3

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BONNES OU MAUVAISES.




A TRAVERS LES YEUX D'UN CHEVAL




CHAPITRE I

Mon nom est easy boy, je suis aujourd'hui un cheval de vingt huit ans, marqué par les années et le c½ur rempli de nombreux souvenirs. Durant toutes ces années, j'ai connu le bonheur, le succès mais surtout le chagrin causé par la perte de nombreux êtres chers. Je me rappelle encore de la première fois où j'ai ouvert les yeux sur le monde, je me sentais en sécurité près de ma mère, et je ne savais rien de la vie qui m'attendait. Tout était nouveau pour moi, les sons et les couleurs se mélangeaient dans ma tête, le vent salé des côtes normandes s'engouffrait dans ma petite crinière pendant que je tentais de me redresser sur mes jambes. Les yeux grands ouverts je découvrais le monde qui m'entourait, ma curiosité était débordante et je ne pouvais étancher ma soif d'apprendre. Durant les six premiers mois de mon enfance, je n'ai connu que la tendresse et l'attention que me portait ma mère. Elle était là, à chacune de mes nouvelles expériences, comme les premières tempêtes ravageuses que l'on rencontre parfois sur les bords de mer, ce vent qui s'engouffre dans les moindre recoins et déferle un cri sinistre à travers chaque pousse d'herbe, la pluie qui vous glace le sang lorsqu'elle vient s'écraser sur votre corps et les éclairs accompagnés du tonnerre qui raisonnent et illuminent toute la prairie. Je me souviens plus particulièrement de ma première rencontre avec la neige. Elle avait commencée à tomber durant la nuit, les flocons qui emplissaient le ciel ressemblaient à un amas d'étoiles qui venaient finalement s'écraser sur le sol. Au petit matin la prairie était recouverte d'un manteau de neige épais, sous lequel sommeillaient de l'herbe à présent privée de lumière. J'étais surpris de voir que mes traces de pas restaient marquées sur ce sol à la fois poudreux et froid. Mais je ne connaissais pas la peur, je n'avais pas de raison de craindre puisque ma mère était là et veillait sur moi. C'était une magnifique jument alezane qui avait su faire ses preuves dans les grandes compétions. Parfois elle me parlait de cette belle époque où tout le monde la respectait et la craignait à la fois, de cette adrénaline qui l'envahissait avant chaque départ, cette fougue et cette passion qui la faisait s'envoler toujours plus haut et cette complicité unique qu'elle entretenait avec son cavalier. Ainsi je m'endormais blotti contre elle, rêvant du jour où moi aussi je pourrais m'envoler au dessus des obstacles, avec l'impression que rien ne pourrait m'arrêter. Elle était peut être vieille mais ses forces et son courage ne lui manquaient pas, je la surprenais souvent à regarder au-delà des limites de l'herbage, comme si elle était repartie là bas avec les hommes, son esprit voyageait à travers la prairie pour rejoindre ces terrains de concours qu'elle aimait tant. Je voyais bien dans ses yeux, jours après jours, qu'elle ne rêvait que de ça, qu'elle était triste ici même avec moi. Mais à cette époque mes seules occupations étaient de jouer et manger, le monde au-delà des limites de mon pré m'était inconnu et jamais je n'avais songé à le découvrir. La vie était calme, rythmée et je n'aurais jamais pu imaginer que cela puisse changer.

Mais un beau matin, je fis enfin la connaissance de l'homme, il se tenait droit sur ses jambes arrières, accoutré d'une façon plus que bizarre et sortant des sons encore étrangers à ma mémoire. J'eu à peine le temps de me demander ce qui se passait que ma mère était déjà bien loin. Il l'avait emmené, loin de moi et je ne sais où. A cet instant, je ne savais pas que c'était la dernière fois je la voyais. Je me retrouvais seul, livré à moi-même et devant faire mes preuves. Parfois je me demandais si elle n'était pas repartie sur ces fameux concours dont elle rêvait tant mais je n'en ai jamais reçu de certitude. Je n'appris que bien plus tard que les hommes pensaient qu'il était nécessaire de me séparer de ma mère pour forger selon eux mon caractère. Mais moi je ne retenais de cette première rencontre avec l'être humain qu'un goût amère de méchanceté et de déplaisir qui c'était ancré profondément dans mon c½ur. Je restai donc seul dans ce pré pendant un certain temps que je ne pourrais déterminer avec cette ranqueur indigeste en vers l'espèce humaine.

Pourtant contre toute attente, j'ai repris peu à peu confiance, grâce à une jeune fille qui venait me rendre visite tous les jours. Je m'en souviens encore comme si c'était hier, elle avait de long cheveux blonds et un visage toujours rayonnant. Elle s'appelait Camille. J'aimais cette petite fille, elle avait la particularité de ne jamais renoncer, chaque jour elle venait munie de ses bottes et de sa bombe, déterminer à faire de moi « son grand champion » comme elle disait, mais elle finissait toujours par terre. Elle était pleine de courage et ne cessait de répéter qu'elle deviendrait un jour une grande cavalière reconnue de tous, c'était là son plus grand rêve semble t-il. Elle tenait également avec elle un petit journal où elle y notait mes moindres faits et gestes, ainsi qu'une légère description de moi qu'elle fit une joie de me lire. Selon elle j'avais une magnifique robe gris pommelé, de longues jambes fines mais solides, un port de tête impressionnant et un regard de vainqueur. A l'entendre, j'avais tout d'un futur champion et elle ne cessait de me le répéter. Pour elle je serais devenu un grand champion, rien que pour voir briller ses yeux remplis de joie et de fierté. Elle était ma seule amie, parfois j'avais l'impression qu'elle me comprenait, il ne se passait jamais une journée sans qu'elle vienne me voir et sa présence remplissait mon c½ur de bonheur. Comme moi elle se sentait seule et me racontait tout ce qu'elle avait sur le c½ur, tous ses espoirs qui n'aboutissaient jamais et son envie insatiable de devenir quelqu'un. Un jour de beau temps, alors qu'elle s'était allongée dans l'herbe en regardant quelques nuages qui demeuraient dans ce magnifique ciel bleu, elle avait ressenti le besoin de me confier quelque chose. C'est alors que pour la première fois elle s'est mise à me parler de ses parents. J'étais son ami, peut être même son seul ami, c'est pourquoi je m'interrompis dans mon activité favorite, c'est-à-dire celle de manger, pour pouvoir lui porter toute mon attention. Je sentais que sa voix était étranglée, elle avait du mal à articuler, ses mains tremblaient et elle les frottait ensemble comme pour dépasser une émotion trop importante. Elle débuta son discours, interrompit de temps en temps par des larmes qui perlaient à ses yeux et s'écoulaient lentement le long de sa joue, finalement arrêtées par le revers de sa main qui tentait d'essuyer et de dissimuler ce chagrin. Je pensais que ses parents étaient morts, vu la difficulté qu'elle avait à en parler mais c'était encore pire que ça. Elle leur était indifférente. Son père était souvent absent, bien trop occupé par ses affaires et son club d'amis, il ne trouvait jamais un moment pour lui accorder un peu d'intérêt, de son côté, sa mère avait trouvé le moyen de combler ce vide par la présence d'un amant qu'elle ne se donnait même plus la peine de cacher, Camille leur semblait être un fantôme de la vie quotidienne. Ils avaient fini par divorcer et ne se parlaient plus que par l'intermédiaire de leurs avocats. Elle avait atterri chez ses grands parents, qui habitaient une petite maison de couleur crème à quelques centaines de mètres de là, avec un beau jardin rempli de fleurs dont elle ne se souvenait plus le nom. Ils étaient gentils avec elle et lui portaient enfin toute l'attention qu'elle méritait, mais elle demeurait toujours triste, se sentant seule et rejetée de tous. Du haut de ses quatorze ans, elle préférait plongée dans ses rêves de concours hippiques où elle serait bien évidemment la meilleure, m'entraînant dans ses fantaisies, on se redonnait de l'espoir, celui d'une vie meilleure. Je savais à quel point mon amitié lui était importante, elle m'avait donné un merveilleux cadeau, un qui ne s'achète pas, sa confiance et jamais je n'aurais osé la trahir.

Mais au bout d'un moment, ses visites furent de moins en moins fréquentes, il se passait parfois des semaines avant qu'elle ne revienne, et sa gaité semblait s'être évaporée, pour ne laisser couler que des larmes. J'essayais de comprendre, d'en savoir plus, mais comment communiquer lorsqu'on est un cheval ? Je pouvais ressentir sa peine qu'elle n'arrivait pas à m'exprimer, elle semblait vouloir me dire au revoir, son regard se perdait dans le mien et je pouvais sentir ses regrets, elle était désolée mais je ne savais pas pourquoi, et puis un jour, sans prévenir, il n'y eut plus de visite.

C'est là que j'ai connu la vraie solitude, cette sensation à la fois de manque et d'abandon, je n'avais plus personne à attendre ou à observer, j'étais seul, profondément seul. Les journées me semblaient interminables et la vie perdait tout son sens. Je voulais qu'elle revienne, j'espérais qu'elle revienne, que ses bras enlacent de nouveau mon encolure et que je sente son souffle chaud sur ma peau, j'attendais et guettais son retour avec impatience, je fixais le chemin qu'elle avait l'habitude d'emprunter dans l'espoir de la voir apparaître mais je commençais à ne plus y croire. J'avais perdu ma mère puis mon amie, la vie me semblait trop dure et trop injuste, comme un désespoir éternel.





CHAPITRE II

Je pense qu'il se passa quelques mois avant de voir arriver un visage familier. C'était un homme, le même homme qui m'avait séparé de ma mère. Je sentais que cela allait recommencer. Je ne voulais pas de changement, j'étais peut être seul mais si bien dans mon pré, si Camille revenait je me devais d'être là, je ne voulais pas croire qu'elle m'avait oublié, moi je ne pouvais pas l'oublier. Cet homme voulait encore me priver du peu de bonheur qu'il me restait et m'arracha au seul endroit que je connaissais avec toute la force qu'il possédait. A cet instant j'aurai voulu avoir la force d'un étalon pour pouvoir y résister, mais je n'étais pas prêt, à quoi beau se battre, je me devais d'obéir, laissant derrière moi mon passé et le souvenir de mes jeunes années.

Je fis mon arrivée dans un lieu encore inconnu pour moi, il n'y avait plus d'herbe sous mes pieds, tout semblait si froid. Les sons et les odeurs étaient différents, pourtant une chaleur commença à envahir mon corps lorsque j'aperçu d'autres chevaux, des êtres comme moi, tous enfermés dans ce que les hommes appelaient des box, rangés les uns à côté des autres. Ils semblaient si tristes et en même temps si agressifs que je n'osais m'approcher d'eux. Je sentais que ma présence les dérangeait mais je ne comprenais pas pourquoi. C'était la première fois que je voyais mes semblables, comme si je découvrais enfin mon reflet dans un miroir. On me fit traverser une allée avant d'atteindre mon box, sur lequel on pouvait lire en lettre majuscule easy boy. Tout était si confus dans ma tête, les idées se bousculaient et s'entremêlaient pour ne plus former qu'un désordre impressionnant duquel je ne pouvais rien sortir. Ma mère, Camille, et mon pré rempli d'herbe verte me manquait, je ne savais pas où je venais d'atterrir, mais mon corps tout entier me suppliait de fuir.

Ma première nuit dans ce box fut à la fois terrifiante et calme. Je ne comprenais pas pourquoi je devais rester enfermé dans cet espace réduit, les murs étaient froids et le sol recouvert de paille dans laquelle se faufilaient des souris. Cependant, les gouttes d'eau qui s'échappaient du robinet pour se répandre sur le sol accompagnées par les hennissements des chevaux qui raisonnaient entre les murs m'apparaissaient comme une douce mélodie qui m'aida à m'endormir.

J'avais appris dans mon pré à ne pas avoir peur des éclairs, du tonnerre ou même de la solitude ; Mais là, je me sentais affaibli, dans cet endroit encore inconnu, je ressentais la peur, celle qui vous prend à l'estomac et vous tétanise, cette peur que je ne pensais jamais avoir à ressentir et qui survient soudain sans prévenir. Mais surtout, cette nuit là, je me souviens avoir voyagé, mon esprit s'est échappé au delà de toutes les frontières pour retourner dans mon pré, l'unique endroit que j'avais connu jusque là, le seul où je me sentais vraiment en sécurité. Je revoyais ma mère près de moi, me regardant fièrement et me promettant de ne plus jamais repartir. Je revoyais aussi Camille courant vers moi pour venir se blottir contre mon épaule en s'excusant de sa trop longue absence. Mais lorsque je rouvris les yeux au petit matin, je ne découvris que les quatre murs en gré de mon box, abîmés par les coups de sabots des chevaux qui avaient dû séjourner ici avant moi. Les murs semblaient imprégnés de leurs histoires que je tentais de déchiffrer. La lumière du jour parvenait à peine jusqu'à moi, ma mère et Camille avaient de nouveau disparues, ainsi que l'herbe sous mes pieds. Je me retrouvais comme la veille au soir sur cette paille d'un ton doré mais humide, avec pour seule compagnie une petite famille de souris.

Au fil des jours, ce box commençait à m'apparaître comme une cage qui bridait ma liberté. Je découvris les joies selon eux du débourrage. J'ai mis du temps à accepter cette barre de métal que l'on vous glisse entre les dents et vous donne un arrière goût d'acier très désagréable au palais, ainsi que cette selle en cuir de plusieurs kilos que l'on vous colle sur le dos sans même vous demander votre avis, accompagnée de sa sangle qui vous compresse le ventre et vous coupe la respiration, sans oublier ces fers pesants que l'on vous clou sous les sabots. Mes entraînements étaient durs et sans plaisir. Je les entendais parfois discuter, ces hommes, à quelques mètres de moi, ils disaient que je n'avais aucun potentiel, un bon à rien selon eux. Je me sentais peu à peu disparaître, venant à peine de passer l'âge des quatre ans, je semblais déjà en avoir vingt. Le bonheur, la sécurité et la force que je respirais autrefois n'étaient plus qu' 'un souvenir lointain.

Les premiers rayons du soleil venaient me caresser les crins, passant par la seule petite fenêtre dont je disposais, accompagnés d'une voix jeune et douce, une voix qui me semblait plus que familière et qui appelait mon nom. Tout à coup je compris, mes oreilles se dressèrent, les battements de mon c½ur s'amplifièrent, tout mon corps tremblait de bonheur. Ce parfum, le rythme de ces pas, c'était elle, je l'avais reconnu. Je vis s'approcher au bord de la porte ce visage rayonnant dissimulé sous ses longs cheveux blonds, c'était Camille, elle était revenue. Cela faisait plus de deux ans que je ne l'avais pas vu, elle avait grandit et elle trouvait que moi aussi, toujours convaincue qu'elle ferait de moi son grand champion. Je ne pouvais dissimuler ma joie, pour la première fois la vie me redonnait de l'espoir, j'étais heureux et je ne voulais plus jamais la voir repartir. Elle me raconta pendant des heures, allongée dans un coin du box, un morceau de paille entre les dents, tout ce qu'elle avait fait durant ces deux dernières années. Elle m'avait terriblement manquée, il ne s'était pas écoulé une seule journée sans que je pense à elle, les souvenirs de nos longues après midi allongés dans l'herbe remontaient en moi à la vitesse d'un cheval au galop. Ses yeux étaient remplis de larmes et elle m'enlaçait comme autrefois, son souffle chaud s'échappait et se faufilait à nouveau entre mes crins, je me sentais bien, sa présence me réchauffait le c½ur. Elle m'expliqua que sa grand-mère était tombée gravement malade, que son grand père avait dû passer beaucoup de temps à son chevet à l'hôpital et qu'il ne pouvait donc plus s'occuper d'elle pour le moment. Elle était retournée chez sa mère bien loin d'ici, dans un petit appartement près de Nice, en attendant de pouvoir revenir chez ses grands parents. Le studio était très joli et elle avait sa propre chambre. Sa mère n'avait pas changé, Camille restait toujours invisible à ses yeux mais aujourd'hui elle s'en fichait, elle avait prit quelques centimètres, son visage s'était affiné et son caractère s'était dévoilé, pour ne laisser apparaître qu'une jeune fille beaucoup plus sûre d'elle qu'auparavant. Elle me confia qu'elle était revenue après le décès de sa grand-mère car elle ne voulait pas que son grand père reste seul et que sa vie était ici avec lui et moi. On était enfin réunit après ces années de souffrance et de solitude, je ne lui en voulais pas d'être parti sans même me dire au revoir car un ami ne juge pas, il écoute et console.

Il ne lui fallut que peu de temps avant d'obtenir du propriétaire l'autorisation de me faire travailler. Il ne voulait probablement plus de moi, il faut avouer que mon talent était jusque là resté caché. Je n'ai pas pu entendre leur conversation, et Camille ne s'est pas étalée longuement là-dessus. Tout ce qu'elle m'a dit c'est qu'il semblait être très sympathique malgré un premier abord plutôt froid et renfermé. C'était un homme grand aux cheveux bruns, son regard était noir et presque fermé comme s'il était sans arrêt gêné par la lumière. Je n'avais aucune confiance en lui, il m'avait trop souvent privé de mon bonheur, et je ne voulais pas non plus que Camille lui accorde la sienne. Pourtant, c'est grâce à lui que notre entraînement mutuel a commencé. Je retrouvais mes forces et elle le sourire, comme une équipe imbattable on défiait les hauteurs. Du statut de bon à rien je passai à celui de prometteur, avec pour seul objectif d'aller toujours plus haut et d'être le meilleur. Mes entraînements devenaient de plus en plus rigoureux, on demandait de moi encore plus d'attention et de travail. Mais je sentais cette passion qui traversait tout mon corps, cette fougue qui revenait peu à peu dans mes yeux, et je comprenais tous ce que désirait Camille de part ses actions de jambe et de main, son regard me guidait, notre complicité était à la hauteur de toutes épreuves. Eté comme hiver elle était là, rêvant de pouvoir un jour jouer dans la cours des grands, elle s'acharnait sans jamais me brutaliser, se reposait sur moi lorsqu'elle était fatiguée, et obtenait un peu plus chaque jour le respect des autres. Parfois la nuit, alors que tout dans le haras était endormit, elle se glissait dans mon box et venait dormir au beau milieu de mes sabots, m'accordant ainsi sa totale confiance.

Et puis les choses sérieuses ont commencé. Je me souviens de mon premier concours, j'avais cinq ans, le jour venait à peine de se lever qu'on vînt me bousculer, tout le monde s'afférait dans tous les sens, je sentais qu'il allait se passer quelque chose de particulier mais je n'arrivais pas à le déterminer. On me fit monter dans un immense camion en compagnie de quelques uns de mes congénères, qui eux semblaient plutôt détendus face à ce bouleversement. Lorsque le pont se rouvrit, je pus découvrir un nouveau monde, c'était à la fois merveilleux et impressionnant comme dans les histoires que me racontaient ma mère, il y avait des centaines de chevaux tous si différents, pleins de visages inconnus, et tout ce monde s'agitait pour ne plus finir que par ressembler à une colonie de fourmis à qui on viendrait de piétiner le nid. Dans tout ce désordre, je vis enfin un visage familier s'approcher de moi, Camille semblait nerveuse comme les derniers jours où elle venait me voir au pré, avant de disparaître pendant plusieurs années. Je sentais la peur qui m'envahissait de nouveau, mais ses caresses atténuaient mes craintes. Elle passa beaucoup de temps à me bichonner, à faire de moi un sublime étalon, et à me répéter que c'était le jour de faire ses preuves. Son grand père était là lui aussi. C'était la première fois que je voyais son visage, déformé par la vieillesse et le chagrin causé par la mort de sa femme. Mais sous ce masque accablé, je pouvais distinguer un léger sourire de fierté. Il se tenait là, près de Camille, s'appuyant sur sa canne pour ne pas perdre l'équilibre. C'est alors qu'elle plongea son regard dans le mien, elle attendait de moi une parfaite concentration, elle ne voulait pas le décevoir et je ne le voulais pas non plus.

J'arrivai enfin sur la piste, toujours avec Camille sur le dos. D'énormes obstacles surplombaient le terrain, ils semblaient bien plus gros que ceux sur lesquels je m'étais entraîné. Mon corps se vidait de toutes ses forces, mes jambes avaient du mal à se dresser, des centaines de regards se fixaient sur moi, la musique me crevait les tympans, et soudain je n'eus qu'une envie, c'était de quitter cet endroit au plus vite. Je scrutais la foule des yeux, quand j'aperçus le visage de son grand père, accoudé à la barrière et retenant son souffle. Je sentis les jambes de Camille qui se serraient contre moi comme pour demander le départ, je ne voulais pas y aller mais sa volonté me poussait à m'élancer. Alors c'est ce que je fist, d'un galop calme et cadencé, me concentrant sur chacune des actions de jambes ou de mains qu'effectuait Camille. Au fur et à mesure que je franchissais les obstacles qu'elle me présentait, je ressentis la puissance et la sensation de liberté dont ma mère m'avait souvent parlé, je me sentais capable de voler comme si mon corps avait des ailes, l'adrénaline s'emparait de tout mon être pour m'emmener toujours plus haut vers la victoire. Je n'entendais plus la musique ni la foule qui m'entouraient, seulement les battements de mon c½ur et le fracas de mes sabots sur le sol. C'est à la fin de ce parcours, quand la sueur dégoulinait le long de mon encolure, accompagnée par les félicitations de Camille que je compris ce pour quoi j'étais né et je ne voulais pas que cette complicité s'arrête. Les gens applaudissaient, et je vis enfin le visage de son grand père s'illuminer de bonheur. Je ne pensais plus qu'à une chose, c'était d'y retourner.

C'est comme ça que ma vrai vie a commencée, pleine de passion, elle et moi on ne formait plus qu'un, on réussissait tout ce que l'on entreprenait, plus rien ne nous arrêtait, j'étais motivé par ce désir de gagner, j'en voulais toujours plus, et les premiers prix s'accumulaient autour de son nom et du mien. Comme ma mère autrefois j'étais devenu à la fois respecté et craint de tous.



CHAPITRE III


Camille et moi on continuait de s'entraîner dans le haras où j'étais arrivé il y a de ça maintenant 5 ans, toujours avec ce même homme en qui je n'avais pas confiance. Mon box au mur froid et humide était devenu une habitude, Camille venait me voir chaque jour, pour travailler dans la petite carrière de sable que l'on avait à notre disposition. J'aimais beaucoup ces entraînements avec elle. Elle savait être appliquée et joueuse en même temps, tout ce faisait dans le calme et la bonne humeur, du moins jusqu'à ce qu'un jour, alors que le soleil commençait à redescendre sur la vallée, il se produisit un regrettable incident.

Comme à notre habitude, Camille avait installé quelques obstacles sur la piste afin de pouvoir s'entraîner. Un léger vent soufflait sur la carrière et faisait tourbillonner le sable autour de nous. Cela me brûlait les yeux, je voyais trouble et n'était pas disposé à aller sauter. Mais Camille en avait décidé autrement, elle ne s'était pas aperçût de mon problème et commença à me diriger vers un oxer de couleur pastel, que j'avais du mal à distinguer. Je ne savais plus combien de fouler j'avais encore à faire avant d'atteindre l'obstacle, le vent avait redoublé de violence avec la vitesse et le sable s'accumulait sous mes paupières. Je sentis Camille qui pressait ses jambes contre moi, son corps se pencha légèrement en avant pour me signaler le départ, mais cette fois je ne le pris pas. Mes jambes se figèrent et je fis une grande glissade dans le sable. Je vis alors Camille être propulsée devant moi, elle eût le temps de laisser échapper un léger cri de peur avant d'atterrir dans les barres qui coupèrent brutalement son élan. Je repris mes esprits et je compris ce que je venais de faire, je l'avais abandonné, là où elle m'avait accordé toute sa confiance. Elle se redressa bien tant que mal, en se tenant le dos, ses yeux étaient pleins de larmes et ses jambes avaient du mal à la soutenir tant elles tremblaient. Je ne voulais pas croiser son regard, j'avais honte de moi, et je pensais qu'elle ne me le pardonnerait jamais.

Elle s'approcha lentement, une main toujours sur le dos tandis que l'autre se tendait vers moi, elle releva les yeux et murmura mon nom entre ses lèvres pleines de sable. Sa main effleura le bout de mon nez avant de remonter doucement vers mes oreilles, ses caresses m'apaisèrent, et ma respiration redevînt régulière. Des larmes coulaient sur sa joue mais elle ne se donna pas la peine de les essuyer. Sa main continua de glisser le long de mon encolure pour finalement saisir les rênes, qu'elle fit passer au dessus de ma tête avant de m'entraîner avec elle vers les écuries. Une fois dans mon box, elle enleva la selle et mon filet dans un silence pesant, ses larmes semblaient ne plus pouvoir s'arrêter et je ne savais pas comment me faire pardonner. Elle allait sortir sans rien ajouter, mais au moment de passer la porte, elle se retourna face à moi, et scruta longuement mes yeux comme pour y déceler une explication. Mes yeux étaient encore irrités par le sable et les siens pleins de larmes, quand elle laissa échapper un sourire. L'atmosphère se radoucit brusquement grâce à ce sourire remplit d'amour et de pardon, elle se contenta de m'enlacer, sans rien dire, et sorti en refermant la porte derrière elle.

La nuit fut longue et agitée. Je cherchais à comprendre ce qui c'était passé, et pourquoi elle n'était pas remontée. J'avais peur qu'elle ne revienne pas, pour la première fois je doutais de sa fidélité à mon égard. J'imaginais des tas de choses, qu'elle était peut être repartie et que cette fois elle ne reviendrait pas. Je retrouvais de nouveau cette peur envahissante et paralysante de mes premières nuits ici.

Dès le levé de jour, je sorti ma tête à la fenêtre et je guettai son arrivée. Les heures me semblaient interminables. Le repas du midi était déjà passé depuis bien longtemps mais Camille n'avait toujours pas donné signe de vie. Je commençais à perdre espoir, quand je vis surgir au loin une silhouette élancée aux cheveux blonds, dont les reflets dorés luisaient au soleil. Elle me fit un léger signe de la main de loin et je ne pus m'empêcher de laisser échapper un puissant hennissement de bonheur. Elle s'arrêta un moment pour discuter avec l'homme aux yeux noirs et plissés avant de se diriger vers mon box. Elle m'avait apporté des carottes car elle savait bien que je les adorais. Pendant que je les dégustais, elle s'allongea comme à son habitude dans un coin du box, et prit un morceau de paille entre ses dents. Elle se mit à me confier ce qu'elle avait ressentit hier après être tombée, en s'excusant de la façon dont elle avait réagit. Je la regardais, mes yeux remplis d'amour et de compréhension. Ma salive avait prit une coloration orangée à cause des carottes et cela la fit rire aux éclats. Je pensais que tout allait redevenir comme avant, après ce léger accident mais je compris vite que Camille, malgré tous ses efforts n'arrivait pas à tourner la page. J'avais remarqué, qu'elle ne portait pas ses bottes, mais seulement des baskets, celles qu'elle m'était lorsqu'elle n'avait pas le temps de venir me monter et qu'elle passait juste me dire bonjour et me dégourdir un peu les jambes. Je ne m'étais pas trompé. Après m'avoir emmené faire quelques tours dans le haras à pied, elle m'avait de nouveau ramené dans mon box, avant de déposer un baiser son mon nez et de repartir. J'étais déçu, et à la fois perdu. Je ne comprenais pas pourquoi est ce qu'elle ne voulait pas que l'on reprenne notre entraînement, je voulais sauter, retrouver cette sensation de force et de liberté mais elle ne semblait plus d'accord avec ça. Elle, qui rêvait de devenir une grande championne, n'osait même plus remonter à cheval, comme si sa passion c'était envoler avec sa chute. Je ruminais dans mon coin toutes ses pensées négatives sans parvenir à y trouver de réponses.

Camille ne m'avait pourtant pas oublié, elle continuait de venir me voir chaque jour, elle passait parfois des heures à me bichonner, à rendre mon poil brillant et à graisser mes sabots à l'aide d'un onguent, mais elle ne montait plus sur mon dos, cette peur que j'avais connu, elle aussi à son tour elle la connaissait et elle ne parvenait pas à la surmonter. Cela dura plusieurs semaines pendant lesquelles j'attendais, il fallait que se soit elle qui prenne la décision de recommencer, alors je patientais comme un ami l'aurait fait. Je savais que notre complicité serait au dessus de toutes les épreuves et j'étais prêt à attendre des années pour le prouver.

Heureusement, je n'ai pas eu besoin d'attendre aussi longtemps. C'était un Jeudi lorsque je l'ai vu débarqué à nouveau revêtu de ses bottes, de ses gants et de sa bombe à la main. J'ai tout de suite compris qu'elle voulait réessayer, qu'elle avait osé nous donner une seconde chance. Je piétinais d'impatience dans mon box, frappant le mur de mes postérieurs et raclant le sol de mes antérieurs. Je venais de comprendre pourquoi les murs étaient aussi abîmés, était ce à cause de cette même excitation qu'avait ressentis mes prédécesseurs avant d'aller sur un parcours ? En tout cas c'est ce que je pensais. Elle n'était pas encore arrivée à mon box que je sentais déjà l'odeur fruitée de son parfum. Elle glissa sa main le long de la porte pour atteindre le verrou et l'ouvrit d'une façon déterminée. Elle me murmura quelques mots affectueux à l'oreille et commença un pansage vigoureux. Elle avait apportée la selle et le filet près de la porte et les prit un à un pour m'équiper. Elle posa délicatement le tapis puis la selle sur mon dos et prit la peine de bien sangler. Puis pendant qu'elle ouvrait ma bouche avec l'une de ses mains, elle y enfonça le mors de filet avec l'autre. Je m'étais habitué à ce goût d'acier sur ma langue et à cette sangle qui me compresse l'estomac.

Camille enfila sa bombe, me prit par les rênes et m'emmena au centre de la carrière. Cela faisait un moment que je ne m'étais pas retrouvé ici, dans le sable, au milieu des obstacles. Je me sentais bien, en confiance, il n'y avait pas de vent, le soleil s'était dissimulé derrière de gros nuages et les arbres commençaient à perdre leurs feuilles. Elle descendit tour à tour les deux étriers, prit le temps de resangler et d'ajuster ses rênes avant de mettre enfin le pied à l'étrier. Je sentais que tout son corps tremblait, il lui fallut trois essais avant de parvenir à se hisser sur mon dos. Elle était crispée, son dos était comme bloqué vers l'avant et elle ne parvenait pas à bouger ses jambes. Elle resta là, figée sur mon dos pendant plusieurs longues minutes. Je ne bougeais pas, j'attendais qu'elle ait de nouveau confiance en moi j'étais sûr qu'elle aurait de nouveau confiance en moi. Au bout d'un moment je sentis ses jambes se presser légèrement contre mes flancs et je décidai d'avancer. Mais ses mains se bloquèrent brusquement, elle se mit à tirer de toutes ses forces sur les rênes s'en que je n'eus le temps de comprendre pourquoi, elle avait déjà mit pied à terre et me suppliait du regard de bien vouloir lui pardonner. On retourna tous les deux vers le box, la tête lourde, abattus par cette déception. Camille fit les mêmes gestes que d'habitude, elle enleva le filet puis la selle avant d'aller les ranger. Elle revînt avec des carottes à la main, me les déposa dans la mangeoire, accompagnées d'une légère caresse sur l'épaule et disparût sans faire de bruit. Je la regardai s'éloigner, accablée par le chagrin, elle s'arrêta quelques instants pour discuter avec cet homme en qui ma méfiance n'avait toujours pas baissée. J'ignore ce qu'ils ont bien pu se dire ce jour là. Il avait posé une main sur son épaule et lui racontait je ne sais quoi, mais je sentais une certaine jalousie monter en moi, j'aurais voulu arracher ma porte de ses gons avec toute la force de l'étalon que j'étais devenu, mais il était trop tard, déjà ils étaient repartis chacun de leur côté.
Encore une fois je me retrouvais seul, la nuit était froide et il n'y avait presque pas de lune, juste un petit croissant qui tentait d'éclairer le ciel. Je craignais d'avoir perdu mon amie, et je ne parvenais pas à trouver le sommeil. J'entendais comme au premier jour de mon arrivée ici le bruit de l'eau qui s'échappait du robinet et venait s'écraser sur le sol, accompagné par celui du faufilement des souris dans la paille. La solitude me guettait de nouveau. Cette nuit là, je repensai à ma mère, mes souvenirs commençaient à s'estomper avec le temps, cela faisait bien trop longtemps que je n'y avais pas pensé. Où était-elle aujourd'hui ? Qu'était-elle devenue ? Etait-elle toujours en vie ? Ces questions se bousculaient dans ma tête sans s'y trouver de réponses. Je me souvenais à peine d'elle et pourtant elle était ma mère. Seul le souvenir de son insatiable envie de concourir et de gagner était resté intacte. J'avais finalement réussi à fermer l'½il tout en replongeant dans mes souvenirs d'enfance.




CHAPITRE IV


Le lendemain matin les rayons du soleil ne vinrent pas se faufiler entre mes crins pour la bonne raison qu'il n'y en avait pas. De gros nuages gris envahissaient le ciel et le soleil ne parvenait pas à les pénétrer. Je remarquai rapidement que le camion était sorti. Cela me surprit car il n'y avait pas de concours de prévus.

L'homme au regard noir vînt me chercher, il enfila un très beau licol en cuir de couleur havane, d'abord autour de mon nez puis il l'attacha en passant derrière mes oreilles.Il donna un léger accourt sur la longe pour m'indiquer que je devais le suivre. Il me fit monter dans le camion, je n'étais plus effrayé car j'avais maintenant l'habitude de le prendre lorsque j'allais en concours avec Camille, je me demandais seulement pourquoi j'étais le seul à partir ce jour là. Il m'attacha à un petit anneau rouillé au fond du camion et referma les baflancs sur moi afin que je sois bien calé et que je ne tombe pas durant le trajet. Pendant que le camion roulait, je me retrouvai seul, dans la peine ombre, à me demander où il pouvait bien m'emmener. Le voyage fut de courte durée par rapport à d'habitude, ce qui redoubla ma méfiance et mon incompréhension.

Lorsque le pont se rouvrit, je fus ébloui par le soleil, qui venait frapper de toutes ses forces sur le sol de sable. Une fois descendu du camion, je ne pus faire un pas de plus tant j'étais subjugué par la beauté de ce paysage. La mer s'étendait à perte de vue sous un superbe ciel bleu et faisait danser les rayons du soleil parmi les vagues. Le sable sous mes pieds était chaud et je pouvais apercevoir au loin les falaises qui trônaient dans l'espace. Pendant un instant j'ai cru être au paradis. Une voix féminine, mélangée à une odeur fruité était en train de s'émerveiller derrière moi. Je fis un bon pour me retourner, ne croyant une telle chose possible, et pourtant c'était vrai. Elle était là, ses cheveux blonds suivaient la direction du vent qui s'abattait sur la plage et elle me lançait un sourire, celui qu'elle avait lorsqu'elle voulait encore devenir une vraie championne. En un instant j'étais sellé, le mors entre les dents, prêts à m'élancer et à galoper jusqu'aux falaises.

L'homme de tous les malheurs aida Camille à se hisser sur mon dos et lui dit de galoper jusqu'à ce qu'elle en ait assez. Elle regarda droit devant elle, serra ses jambes contre moi et murmura à mon oreille que je devais avoir confiance en elle. Je pris le galop, d'abord doucement pour ne pas la brusquer et puis peu à peu, je sentis ses muscles qui se détendirent, elle se pencha légèrement en avant pour pouvoir prendre de la vitesse et c'est ce que je fis. Je filais au rythme des vagues sur cette plage qui semblait interminable, l'odeur salée de la mer emplissaient mes naseaux et les éclats de rire de Camille me donnaient l'impression de voler. Les falaises grandissaient au fur et à mesure que je m'approchais, et des dizaines d'oiseaux volaient au dessus de nous en poussant des cris d'encouragement. Les vagues venaient jusqu'à mes pieds et éclaboussaient mon visage ainsi que celui de Camille. On était bien, heureux, et libre comme au premier jour. Encore une fois notre amitié et notre passion l'un pour l'autre avait réussit à surmonter cette épreuve.

Arrivé au pied des falaises, Camille me fit faire demi-tour et l'on retourna vers son grand-père et cet homme qui avait finalement su trouver une solution à notre problème. J'étais en sueur et essoufflé, mais tellement heureux. Camille aussi était heureuse, à tel point qu'elle ne put s'empêcher de sauter dans les bras de son grand-père, qui faillit en perdre l'équilibre et de remercier chaleureusement Tom pour l'aide qu'il avait apporté. Oui Tom c'était son nom, c'est Camille qui venait de le prononcer. Je ne connaissais pas son nom auparavant et je n'avais pas envie de le connaître, seul son regard noir et son attitude non chalente me servait à le décrire. Pourtant aujourd'hui je venais de lui accorder ma confiance et mon respect car il m'avait rendu mon bonheur. Dès notre retour au haras, notre entraînement allait enfin pouvoir reprendre, mais cette fois sous le regard protecteur et professionnel de Tom.

Depuis que Tom avait aidé Camille à remonter à cheval, je ne le voyais plus comme un homme froid et sinistre. Il m'apparaissait à présent comme une personne digne de confiance en qui je ne portais plus de jugements. Il m'avait certes séparé de ma mère et du pré dans lequel j'étais né, mais j'avais appris à tourner la page. Parfois certains hommes ne veulent contrôler les chevaux que par la force et la violence, alors que d'autres veulent seulement faire d'eux un ami fidèle. Tom s'était révélé être un homme plein de compassion et s'occupait de Camille et moi avec beaucoup de rigueur et de patience.

Il savait de quoi j'étais capable et il en était fier. Après tout j'étais son cheval et non celui de Camille. Pourtant, il n'a jamais cherché à me récupérer. Il laissait Camille venir chaque jour s'occuper de moi et lui donnait quelques conseils sur sa façon de monter.

Un soir, alors que tout était calme dans le haras et que la lumière de la lune venait éclairée les allées, je vis apparaître Camille au coin de la porte. Elle entra sans rien dire, passa sa main le long de mon encolure et s'allongea finalement contre le mur. Elle avait amené une petite couverture pour ne pas avoir froid et s'endormit paisiblement. Je la regardai dormir, sa respiration était calme, presque apaisante, et je fus à mon tour frappé par la fatigue. Je m'étendis près d'elle, cela faisait si longtemps qu'elle n'était pas venu dormir là, je sentais comme une impression de sécurité, avant de fermer les yeux et de plonger dans un profond sommeil. Je n'ai pas rêvé cette nuit là, ou du moins je ne m'en souviens pas.

Lorsque je me suis levé, Camille dormait encore. J'ai décidé de manger le peu de foin qu'il me restait en attendant qu'elle se réveille, tout en regardant ce qui se passait dehors. Tom était déjà là, il était en train de préparer les granulés pour chacun des chevaux qui étaient ici. Le soleil était à peine levé, il était donc encore tôt, et le haras était submergé par une légère brume qui s'évaporerait avec les chaleureux rayons du soleil. Les arbres n'avaient presque plus de feuilles, elles étaient en grande partie amassées par terre et avaient prit une couleur rouge orangée. C'était très beau à voir, mais cela annonçait surtout l'arrivée de l'hiver et donc du mauvais temps. Il allait y avoir beaucoup de vent, de la pluie et probablement même de la neige. J'aimais la neige, ce délicat manteau blanc qui vient se posé sur le sol, mais je détestais le froid qui l'accompagnait. A cause de ce froid, mes poils devenaient plus longs et plus épais, il me faisait ressembler à une grosse peluche toute ébouriffée.
Camille ouvrit enfin un ½il, alors que le soleil était déjà bien haut dans le ciel. J'avais fait très attention à ne pas la réveiller, mais surtout à ne pas lui marcher dessus. Les humains avaient déjà du mal avec leurs deux pieds, alors moi, avec mes quatre sabots, cela demandait bien plus d'attention. Elle se leva, frotta ses yeux avec le revers de ses mains et ramassa sa petite couverture qu'elle roula en boule et plaça sous son coude. Puis elle s'avança vers moi, encore plongée dans son rêve, elle plongea son regard dans le mien, comme elle aimait tant le faire, et se mit à rire aux éclats. Elle riait car elle pouvait voir son reflet dans mon ½il. Elle avait les cheveux en champs de bataille, et son maquillage avait coulé. Elle ne pouvait plus ni s'empêcher de rire, ni détourner son regard du mien. Pourtant soudain elle se tu. Son regard était devenu fixe, perdu dans l'espace, comme si elle n'avait plus conscience du temps autour d'elle. On dit que si l'on regarde au profond de l'½il d'un cheval, on peut y voir son âme et toute son histoire. Je crois qu'elle venait de voir la mienne. Une larme lui perla au coin de l'½il et s'écoula le long de sa joue pour finalement venir s'écraser sur sa botte. Elle s'avança vers moi, approcha sa bouche de mon oreille et me murmura qu'elle était prête à y retourner. Puis elle sortit du box et se faufila dans le haras pour ne pas être vu de tous. Elle était surement rentrée chez elle et repasserait me voir un peu plus tard. J'étais resté abasourdi par ce qu'elle venait de me confier. Elle était prête, toutes ces semaines d'attende et de patience avaient enfin porté ses fruits. Je me sentais revivre à l'idée de pouvoir retourner sur les terrains de concours, je ne pouvais plus attendre, mes sabots frappaient le sol d'impatience.

Camille était revenue un peu plus tard dans la journée comme je l'espérais. Tom était là lui aussi, assis par terre, en train de nettoyer un filet. Elle discuta avec lui un long moment. Je n'étais plus jaloux, je savais que notre amitié lui était bien plus importante. Ils avaient tous les deux le sourire aux lèvres et posaient l'un sur l'autre un regard timide et embarrassé. Finalement ils se levèrent et Tom l'a prit dans ses bras comme pour la féliciter. Je voulais qu'elle vienne me voir, et qu'elle m'enlace moi aussi, alors je laissai échapper un hennissement. Cela les fit rire. Camille prit enfin la peine de se déplacer jusqu'à mon box, elle ouvrit la porte et prit ma tête entre ses mains. Elle me regarda longuement et finit par me dire que l'on retournerait en concours dès ce weekend. J'étais fou de joie, elle posa un délicat baiser sur le bout de mon nez avant de refermer la porte et de partir. La compétition allait enfin recommencer, elle et moi on était de grand champion, elle l'avait toujours su et maintenant c'était à moi de lui prouver qu'elle avait raison.

Le weekend arriva très rapidement, et je fus surpris de voir, quand le pont s'ouvrit, que rien n'avait changé. Les mêmes visages, la même agitation, et les mêmes obstacles qui surplombaient toujours le terrain. Camille était nerveuse, et moi plutôt impatient. Heureusement Tom et son grand père était venu la soutenir, tous deux lui disaient des mots rassurants et l'encourageaient à poursuivre son rêve. Et ils ont eu raison de le faire car elle et moi on était plutôt bien ressorti de ce tour pour une reprise. Les récompenses s'accumulaient de nouveau sous notre nom, elle était fière d'elle mais surtout de moi, et ne cessait de me le répéter.





CHAPITRE V

Je venais d'avoir 14 ans j'étais toujours aussi fougueux et impétueux, plus je vieillissais et plus mon caractère d'étalon s'affirmait. Camille elle aussi avait vieillit, elle avait fêté ses 22 ans le mois passé. Elle était bien loin la petite fille timide et renfermé que j'avais vue pour la première fois dans mon pré, c'était devenu une vraie jeune femme, toujours aussi passionnée par les chevaux. Mais j'avais vite appris qu'une de ses nouvelles passions était aussi les hommes et plus particulièrement Tom. Il était bien plus âgé qu'elle pourtant elle semblait s'en moquer, elle le dévorait des yeux chaque fois qu'il passait et pouvait demeurer des heures assise dans mon box à me parler de lui. Au début je trouvais ça agaçant et puis finalement je me suis rappelé ce qu'était censé faire un ami, c'est-à-dire écouter et ne pas juger. Alors je l'écoutais en excellent ami que j'étais. Les compétitions étaient devenue une habitude mais de plus en plus dures. Le sourire de Camille lorsque l'on passait la ligne d'arrivée ensemble et sans aucune faute, me donnait des ailes. J'avais atteint le sommet, j'étais devenu le champion dont elle avait toujours rêvé, il était bien loin le poulain timide et fragile, elle avait fait de moi un cheval robuste et sûr de lui, peut être un peu trop, mais j'aurais fait n'importe quoi pour elle. Jusqu'au jour où je n'ai plus rien contrôlé du tout.

Cela faisait deux jours que j'enchaînais les parcours, il ne nous restait plus qu'une épreuve, une seule épreuve pour remporter le grand prix et obtenir la reconnaissance des plus grands cavaliers, je me sentais vraiment à la hauteur et j'étais sûr qu'elle aussi.

J'entrais sur la piste et scrutais la foule qui l'entourait afin de pouvoir y reconnaître le grand-père de Camille. C'était devenu comme une habitude, une sorte de jeu entre lui et moi, il était caché dans la foule, toujours appuyé sur sa canne et une casquette sur la tête, pour les jours de mauvais temps. Il fallait que je croise son regard avant de partir, c'était devenu indispensable, nécessaire au bon déroulement du parcours. Pourtant ce jour là, je ne le trouvais pas. Il y a avait beaucoup trop de monde qui se bousculait autour des barrières, je ne savais plus où regarder ni par qui commencer. Je senti la main de Camille qui me caressait l'encolure comme pour me rassurer. Pour la première fois depuis longtemps les obstacles m'impressionnaient, mais j'avais appris avec l'âge à surmonter cette peur. La sonnerie du départ retentit et je m'élançai vers ce nouveau parcours que seule Camille connaissait. Les premiers sauts se passèrent plutôt bien et la foule retenait son souffle face à ce spectacle. Il n'y avait plus un bruit dans l'assemblée, surement à cause de ce vent violent qui venait de se lever et qui annonçait la pluie. Je galopais toujours en confiance vers un nouvel obstacle, mes sabots frappaient le sol de toute leur force, j'avais du mal à respirer, tout ce vent me gênait, mais Camille pressait ses jambes de plus en plus fort contre moi, comme pour me demander de ne pas renoncer. Je voulais donner le meilleur pour qu'elle soit fière de moi, malgré ce mauvais pressentiment qui traversait mon corps. La pluie commença à tomber sur la piste qui devînt aussitôt humide et glissante. Camille me dirigeait vers un obstacle, de couleur rouge et entouré par deux magnifiques plantes qui tentaient de résister à la force du vent. Je ne pouvais pas l'abandonner une nouvelle fois, elle avait retrouvé confiance en moi et je me devais d'être à la hauteur. Alors, je pris mon appel peut être un peu trop tôt, mon corps s'étendit de tout son long, j'essayais de m'élever au dessus des barres pour atteindre l'autre côté, mais elles semblaient monter en même temps que moi, mon souffle s'accélérait, je ne ressentais plus cette adrénaline, cette force qui me poussait vers le ciel, le saut semblait interminable, et je vis finalement le sol se rapprocher brusquement, retombant au beau milieu des barres et tentant d'éviter Camille dans ma chute. La douleur était grande et tout le monde s'était approché, il régnait un silence de mort parmi les hommes et les chevaux comme je n'en avais encore jamais connu. J'étais sonné et je restai un moment sur le sol, peinant à me relever. Il me fallut un certain temps avant de retrouver mes esprits. Je parvins enfin à me relever et regardai autour de moi. Des gens arrivaient en courant, d'autres étaient affolés ou encore pleuraient. Je pris conscience qu'il y avait quelque chose de grave et que je n'entendais plus Camille. Je tournai la tête et la vis étendue sur le sol, inerte, la vie semblait s'échapper de son corps, ses yeux étaient déjà devenus vitreux, il n'y avait plus aucune chaleur sous cette pluie incessante, et je ressentis une grande tristesse envahir mon c½ur. Ils essayaient pourtant de la ramener mais rien n'y faisait. Tom était arrivé près de Camille, il lui tenait la main d'une manière plus qu'amicale, sans doute était-ce pour lui une façon de lui dire au revoir. Son grand père se tenait à l'écart, comme s'il n'osait pas s'approcher du corps de sa petite fille. Se sentait-il coupable de l'avoir pousser à suivre son rêve ? A trop vouloir la pousser, c'est la porte qu'elle venait de pousser. Il était encore plus courbé que d'habitude, ses jambes peinaient à le soutenir malgré l'aide de sa canne. Le vent avait fait s'envoler sa casquette mais il ne semblait pas s'en être rendu compte. Les gouttes d'eau dégoulinaient le long de son visage, mais il ne bougeait pas, comme paralysé par ce qui venait de se passer. Je les suppliais tous du regard, c'était comme si je perdais une partie de mon être. On dit que les chevaux ne pleurent pas, pourtant ce jour là parmi les nombreuses gouttes de pluie qui s'abattaient sur mon visage, je senti des larmes couler le long de ma joue. Je n'ai jamais pu lui dire au revoir, elle s'est éteinte à l'apogée de son rêve, elle était devenue une grande cavalière comme elle l'avait toujours souhaité, mais n'était plus là pour en apprécier les mérites.

Tom se dirigea vers moi, saisi les rênes qui traînaient sur le sol et m'emmena à l'abri loin de là. En passant près de Camille, je regardai son visage pour la dernière fois, et je fus surpris de voir un sourire de soulagement sur ses lèvres. Elle était libre maintenant, comme lors de ce grand galop sur la plage il y a de ça bien longtemps maintenant, et le vent s'engouffra une dernière fois dans ses superbes cheveux blonds qui me rappelaient les ondulations des vagues sur la mer.

Tom me monta dans le camion et inspecta mes blessures sans rien dire, il ne faisait que pousser de long soupir de désespoir. De loin je pouvais encore apercevoir le grand-père de Camille qui n'avait toujours pas bougé, la pluie semblait avoir traversé ses vêtements et la foule qui se trouvait près de lui il y encore quelques minutes c'était totalement dispersée et l'avait laissé seul, sans femme et sans petite fille, dans son chagrin. Tom appliqua sur mes plaies un produit d'une couleur bleuâtre qui se mit à me picoter. J'essayais de me repasser la scène dans ma tête, mais tout était embrouillé. Je ne comprenais pas ce qui c'était passé. Etait-ce moi qui avais blessé Camille dans ma chute ? Pourtant lorsqu'elle venait dormir dans mon box, jamais je ne l'avais touché. L'avais-je tué sans m'en rendre compte ? Aurais-je pu tuer ma meilleure amie ? Toutes ces horribles questions s'accumulaient dans ma tête. Tom passa sa main sur mon corps pour voir si je n'avais pas d'autres blessures, puis il vînt se placer face à moi, scrutant mes yeux de son regard noir mais compatissant. Il prit ma tête entre ses mains comme le faisait Camille lorsqu'elle voulait me dire quelque chose d'important et me répéta plusieurs fois que ce n'était pas de ma faute avant de redescendre du camion. Comment savait-il ce que je ressentais ? Je me retrouvai seul, la pluie avait redoublée de force et frappait sur le toit, je n'arrivais pas encore à réaliser que je venais de perdre ma meilleure amie. Je revoyais son visage illuminé de bonheur lorsqu'elle m'avait vu pour la première fois en descendant le chemin, de la maison de ses grands parents jusqu'à mon pré. A cette époque c'était juste une petite fille avec pleins de rêves qui avait besoin de beaucoup d'amour comme moi. Elle en avait fait du chemin, elle avait réussi à chasser ses vieux démons et semblait avoir un brillant avenir dans cette branche mais la vie en avait décidée autrement.

Le soir, lorsque Tom me remmena jusqu'à mon box, j'espérais encore la voir apparaître, allongée dans un coin, avec un morceau de paille entre les dents. Mais la seule chose que je pus voir en entrant c'était cette petite couverture qu'elle avait surement roulée en boule et oublier dans un coin. Je compris qu'elle ne viendrait plus me rendre visite la nuit, plus jamais, que tout ce qui me restais de ces nuits complices était cette petite couverture d'un bleu délavé sentant cette odeur de parfum fruité. Tom la ramassa puis sorti en refermant la porte derrière lui. Il éteignit toutes les lumières du haras une à une avant de partir. Je le suivais des yeux, jusqu'à ce que je ne puisse plus le voir du tout. La pluie avait cessé, et les nuages s'étaient dispersés pour permettre à la lune d'apporter toute sa lumière. Je n'entendais plus le bruit de l'eau qui fuyait du robinet, ni les souris qui d'habitude se faufilaient dans la paille, j'étais face au silence, un silence pesant qui me poussait à réfléchir. Alors je passai la nuit à réfléchir, sur le chemin que j'avais fait jusque là. Jamais je n'aurais pu imaginer tout ça, cette aventure formidable que j'avais vécu avec Camille, bien que trop courte à mon goût.

Plusieurs semaines s'étaient écoulées depuis la mort de Camille, mes blessures étaient soignées et Tom avait su prendre grand soin de moi. Il avait décidé de me retravailler. D'abord pour me remuscler et reprendre des forces, puis retrouver confiance en moi. Je travaillais dur mais c'était à contre c½ur, Tom ne pouvait remplacer l'amitié de Camille, malgré ses efforts. Il ne voulait pas que j'abandonne, que je renonce à ce pour quoi j'étais né. C'est pour cela qu'il me poussa à reprendre la compétition, à poursuivre mon rêve, ainsi que celui de Camille, celui de devenir le plus grand champion. Malgré tous, je semblais avoir franchit les limites que mon corps m'autorisait. J'étais fatigué, mon envie de gagner s'était éteinte en même temps que Camille. Peu à peu je disparus des concours et mon nom ne fut plus qu'un souvenir. Tom l'avait compris, mes jeunes années étaient passées et je n'étais plus le fougueux étalon qu'il avait connu. Je restais la plupart du temps, terré dans le fond de mon box, me cachant de la lumière du jour, la tête baissé et le dos creux comme si je portais toute la misère de ce monde. Parfois je regardais Tom hèré dans le haras, ne pouvant s'empêcher de nettoyer les filets qu'il jugeait un peu trop sales. Il semblait perdu depuis que Camille était parti. Il aurait surement voulu lui dire quelque chose, elle qui ne rêvait que de lui, elle n'avait jamais pu lui avouer.

De temps en temps, Tom m'emmenait faire une petite balade dans la prairie, afin que je me dégourdisse les jambes, devenues bien lourdes. Il aimait être avec moi et j'aimais être avec lui. Peut être était-ce parce que l'on avait tous les deux aimés Camille. Je n'avais plus aucune méfiance en vers lui, ni aucune ranc½ur. Je savais que c'était un homme bon, que j'avais finalement eu la chance de rencontrer.

J'avais 17 ans lorsque Tom décida qu'il était temps de me renvoyé au pré. Je descendis le chemin en sa compagnie, ce même chemin que Camille empruntait tout le temps, il le savait lui aussi et ne disait rien. L'herbe était haute et bien verte, le vent s'engouffrait dedans et la faisait danser, la clôture était restée intacte, rien n'avait changé, à part moi qui avais prit quelques années. C'était comme si je ne l'avais jamais quitté, je me sentais libre et vivant comme autrefois. Mes longues jambes fines mais solides n'étaient plus que des poteaux dures à plier, mon port de tête impressionnant était retombé sous le poids de mon chagrin, et mon ½il de vainqueur semblait maintenant livide et triste. Tom enleva la boucle qui me retenait encore à mon passé et me laissa filer dans cette étendue verdoyante. Puis il s'en alla, sans même se retourner, malgré les hennissements que je lui portais. Il était retourné dans son haras, continuant surement ce qu'il avait l'habitude de faire, en ruminant tous ses regrets.

Parfois, je recevais la visite du grand-père de Camille. Il prenait la peine de descendre le petit chemin qui menait jusqu'au pré et m'apportait quelques carottes. Il ne semblait pas m'en vouloir de ce qui c'était passé. A présent j'étais surement la seule compagnie qui lui restait. Il était là, toujours courbé par le poids des années, et s'appuyant sur sa canne. Il portait une nouvelle casquette, probablement n'avait-il pas retrouvé celle qui c'était envolée le jour de l'accident. Il lui arrivait de me confier son chagrin, ses remords, toutes ces choses dans la vie qu'il aurait aimé faire mais pour lesquelles il n'avait jamais assez de temps. Il me parlait beaucoup de sa défunte femme, de ses talents de cuisinière, et de l'amour infini qu'elle portait à Camille. Ce grand père que le temps avait fatigué savait faire preuve d'un grand courage et d'une grande force de caractère malgré la perte de deux êtres chers. J'aurais voulu être comme lui mais j'avais renoncé à me battre le jour où Camille avait renoncé à la vie.

Parfois je m'allonge dans l'herbe, je replonge dans mes souvenirs, je revois Camille courant vers moi, je sens sa présence et je sais qu'elle n'aurait aucun regret. J'adorais les concours, pourtant, là, seul dans mon pré, quand je repense à mes années passées avec Camille, mon plus beau souvenir reste cette grande galopade sur la plage. Elle était heureuse comme tous les cavaliers, un bonheur qui n'existe qu'à cheval,entre ciel et terre. Je pouvais presque sentir le sable chaud sous mes pieds, cette odeur salée propre à l'eau de mer et le bruit des vagues qui venaient se fracasser contre les falaises. Tout ceci était bien loin mais semblait encore si proche. J'étais certain que si quelqu'un s'attardait à regarder au plus profond de mes yeux, il y verrait d'abord cette histoire.

La vie me quittait peu à peu mais je n'avais plus peur, elle et moi on formait le couple parfait, notre c½ur battait à l'unisson et notre esprit rêvait toujours d'atteindre les étoiles.



FIN
Ma première histoire <3
# Posté le jeudi 18 septembre 2008 18:54